C’est par ces «Promises» qui viennent de faire l’objet d’une édition poche que j’ai rencontré pour la première fois la production d’un auteur qui figure au panthéon du roman noir français. Je dois dire que ce ne fut pas la bonne porte d’entrée.
Le succès public, critique et éditorial de la volumineuse saga des Bernie Gunther a sans doute influencé l’auteur qui situe son intrigue dans le tout premier cercle des dignitaires nazis. Mais ici, sous le vernis d’un style maîtrisé sans être génial, efficace mais suintant parfois le laborieux tout m’a paru boiteux, bancroche, bancal.
À commencer par le trio de personnages principaux à l’œuvre dans l’histoire. Il ne parvient à susciter ni adhésion ni même une forme d’empathie. À tel point que le SS Franz Beewen qui en fait partie en reste la figure la moins rédhibitoire, ne serait-ce que parce que son évolution ontologique laisse transparaître l’ombre d’une transformation… Et aussi parce qu’avec les brutes, on sait au moins à quoi s’en tenir. Le psychanalyste Simon Kraus est infatué, arrogant, matérialiste et maître-chanteur. Et la psychiatre Minna von Hassel, issue de la haute société, apparaît finalement assez caricaturale avec son éthylisme même s’il n’est pas mondain. Enfin la figure du méchant docteur Ernst Mengerhäusen navigue entre tellement de clichés, de la pipe en os du début au laboratoire démentiel de la fin, que cette accumulation en devient plus ridicule que nauséeuse.
La critique a pourtant vanté le talent et les mérites de l’auteur, son sens de la reconstitution, sa restitution des ambiances du Berlin nazifié… Mais ce thriller alourdi par une trop longue exposition, m’a plutôt fait l’effet d’un entassement de stuc et de carton pâte laqué d’un vernis de connaissance sans que l’on y perçoive le matériau d’un vrai substrat historique. Ce sont plutôt par la bande, par l’anecdote et le détail qui sont censés «faire vrai», que l’on évoque l’extermination des handicapés mentaux ou des Rom, la vie militaire. Quant à la vie au siège de la Gestapo, elle se réduit à une mine de rivalités de personnes et de bureau. Enfin, l’histoire de cet étrange lebensborn réservé à la haute société qui guinche à l’hôtel Aldon paraît au final totalement artificielle, ni historique ni dystopique tant les invraisemblances s’enchevêtrent
Si ces «Promises» ne tiennent pas leurs promesses malgré plus de 600 pages de développement, c’est aussi et surtout parce que n’est pas Kerr qui veut…
« Les promises», Jean-Christophe Grangé, Éditions Albin Michel, 653 pages
Une phrase: «Même le Kufürstendamm, à cette heure-là, était mort. Le couvre-feu ne donnait qu’un avant-goût de ce que serait bientôt l’existence des Berlinois: vivre dans l’écho des affrontements et des massacres perpétrés aux quatre coins de l’Europe, jusqu’à ce que ces carnages, remontant à leur source, les emportent à leur tour.»